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Les articles de presse
Retrouvez ici les articles de presse sur la première édition de Trans Europe Express.
Diapason - À Séville, le projet Trans Europe Express honore les compositrices
Deux temps forts achevaient le dernier épisode sévillan du projet Trans Europe Express porté par la violoniste Agnès Pyka. Lors du premier – une conférence visant à replacer les compositrices dans leur contexte historique et géographique –, trois des personnalités à l’honneur s’expriment sur leur parcours. La Française Florentine Mulsant revient sur quelques moments-clés de l’histoire des compositrices au Conservatoire de Paris. La Polonaise Anna Małek évoque son propre cheminement, entre la Pologne, l’Autriche et l’Espagne où elle réside. Quant à la Hongroise Andrea Szigetvári, elle opte pour une brève performance partagée avec le public (jeunes participantes à la master class et élèves du conservatoire), illustrant de façon particulièrement vivante certains de ses gestes compositionnels. Le bref concert qui suit donne à entendre quelques mouvements des trios à cordes de Véronique Vella – à l’écriture très structurée où se côtoient facture contrapuntique et réminiscences de danses – et de Jean Cras – chacun des concerts met en regard création et œuvres du répertoire.
Lumière hivernale
C’est ce même trio de Cras qui ouvre le concert du soir, ultime jalon de cette étape espagnole. Hésitant entre modalité et tonalité, la partition foisonne de brefs motifs thématiques diversement présentés mais jamais réellement travaillés, laissant l’impression d’une architecture quelque peu lâche. On en retient surtout le finale, particulièrement habité par les musiciens (Agnès Pyka au violon, Jean Sautereau à l’alto, Jordan Costard au violoncelle).
Le quintette The Weight of Winter Light de l’Espagnole Marian Marquez ajoute au trio la flûte d’Alfonso Rubio Marco et la clarinette d’Antonio Salguero. Inspiré d’un poème d’Emily Dickinson, il se veut une figuration musicale de la lumière hivernale en quatre mouvements répondant à chacun des quatrains du texte. There’s a Certain Slant of Light est temps suspendu, ponctué ici et là de pépiements de bois ; suivent de sombres Refractions, un Seal of Despair intériorisé, jouant d’un demi-ton déploratif avant la dissolution finale de No Scar Remains s’effaçant peu à peu en une sorte de spirale sonore aux lancinantes notes répétées. Malgré ces qualités picturales, l’œuvre paraît toutefois un peu inaboutie.
Maîtrise de la forme
Florentine Mulsant est une compositrice de la forme et du fond : sa Sonate n° 5 pour violon seul (2024) en témoigne superbement et Agnès Pyka s’en approprie avec justesse, rigueur et enthousiasme les trois mouvements. À un prélude exploitant les cordes à vide de l’instrument, peu à peu enrichies de trémolos et de bariolages succèdent un thème et ses six variations. Plaintive, sa mélodie se densifie peu à peu jusqu’à un éclairage final. Vif, répétitif, le finale s’apparente à une danse, perpetuum mobile virtuosissime ramenant en un ultime clin d’œil le motif initial du prélude.
Un même goût, une même maîtrise de l’architecture caractérisent l’exceptionnel trio à cordes et électronique « Harmoniques perturbées » d’Andrea Szigetvári. Quatre Assises fondatrices d’une matière mêlant remarquablement instruments et électronique (la dernière est improvisée en temps réel par le trio) y alternent avec trois mouvements plus imagés : Liturgie de Bois évoque, en craquements et sons secs des bruits de bancs d’église desquels émergent un chant de violoncelle ; sons écrasés, pizzicatos et grouillements figurent Fracas et sillage quand Déséquilibres accentue les gestes-relais entre instruments et électronique avant un progressif retour au calme.
Le prochain Trans Europe Express est en réflexion, qui pourrait bien s’élargir humainement et géographiquement : souhaitons-lui belle vie !
Séville, Conservatoire Francisco Guerrero et Auditorium du CICUS, le 17 avril.
Resmusica - Le Trans Europe Express d’Agnès Pyka en terre ibérique
Sur le plateau de l’institut culturel Cicus situé au cœur du Barrio Santa Cruz de Séville, l’Ensemble Des Équilibres est au côté de ses partenaires sévillans (Zahir Ensemble) pour son concert de fin de résidence en Andalousie. Il affiche, en création espagnole, trois pièces de compositrices de notre temps que précède le Trio de Jean Cras.
Décédé à l’âge de 53 ans (1879-1932), Jean Cras a mené parallèlement un métier d’officier de marine et de compositeur, s’étant fait installer un piano dans la cabine de son bateau. Son Trio pour violon, alto et violoncelle en quatre mouvements qui débute le concert est une œuvre d’envergure dont l’écriture ciselée fait valoir tout à la fois le contrepoint et les subtilités harmoniques. Est-ce pour les couleurs andalouses du deuxième mouvement faisant appel aux échelles modales qu’a été choisi le Trio ? Les références à la guitare (pizzicati des cordes) et au chant populaire s’entendent également dans le troisième mouvement très enlevé, faisant office de scherzo, qui déclenche les applaudissements du public. Avec son fugato inaugural et ses canons laissant apprécier le jeu de nos trois interprètes, le final virtuose n’est pas moins galvanisant, dont les archets chauffés à blanc ne font qu’une bouchée.
La création au féminin
Dédié au répertoire musical de chambre des XXᵉ et XXIᵉ, l’Ensemble Des Équilibres et leur directrice (et violoniste) Agnès Pyka se sont également donnés comme mission de faire découvrir les talents féminins à l’échelle européenne via le Trans Europe Express, un projet qui court de septembre 2025 à avril 2026. Trois des quatre pays concernés sont représentés ce soir à travers des œuvres croisant librement les styles et les écritures d’aujourd’hui.
La compositrice hongroise Andrea Szigetvari a fondé la Société hongroise de Musique électroacoustique et enseigne aujourd’hui à l’Académie Liszt de Budapest. Elle est à la console de projection pour l’exécution de sa pièce mixte Harmoniques perturbées associant le trio à cordes et l’électronique. L’idée est de faire interagir les deux sources sonores et d’instaurer une complémentarité entre le jeu du trio et les échantillons sonores pré-enregistrés que projette en live la compositrice. Entre séquences improvisées et écriture fixée, la partie des cordes fait appel aux techniques de jeu étendues : granulations, sons bruités, constellations de points ou trames entretenues que prolonge et spatialise la source électroacoustique. L’espace est ici une troisième dimension qui participe de la dramaturgie sonore, dans une temporalité qui fluctue, resserrée ou étirée. La fusion opère et l’écoute se fait immersive, nous plongeant dans une fantasmagorie sonore qui s’adresse à l’imaginaire de chacun.
Le violon d’Agnès Pyka bénéficie d’une légère amplification, agissant comme une trace sonore et poétique dans la Sonate de concert pour violon seul de Florentine Mulsant. Présente dans les rangs du public, la compositrice française, très active sur la scène musicale et dont le catalogue compte aujourd’hui plus d’une centaine d’opus, vient sur scène pour nous parler de sa nouvelle pièce.
Cinquième d’un cycle de six Sonates pour violon seul (hommage à Bach ?), toutes écrites à l’adresse d’un ou d’une interprète, la pièce en trois mouvements est dédiée à Agnès Pyka qui aborde l’œuvre avec une autorité du geste et une conduite d’archet qui saisissent d’emblée. Balayant les cordes à vide du violon, le thème principal du Prélude est d’une belle envergure, déployant sa ligne dans des aigus lumineux et ouvrant grand le champ harmonique. Le deuxième volet, très concentré, expose un thème plutôt sombre et ses six variations enchaînées (un modèle formel qu’aime emprunter la compositrice) ramenant in fine la lumière (Bach demeure). L’énergie sourd d’un trémolo d’archet rageur dans le final « con fuoco » dont Agnès Pyka restitue tout à la fois la précision du trait et la vitalité de la trajectoire.
Marian Márquez est une compositrice catalane née à Tarragone et basée à Madrid. The Weight of Winter Light, son quintette inspiré par le très beau poème d’Emily Dickinson, There’s a certain Slant of light ( « Il y a une certaine inclinaison de la lumière »), invite au côté du trio à cordes le flûtiste Alfonso Rubio Marco et le clarinettiste Antonio Salguero, membres du sévillan Zahir Ensemble. Prélevant certains mots-clés du poème (lumière hivernale, sceau du désespoir, etc.), la compositrice élabore sa trame narrative, entre aspérités du flux, bouffées de lyrisme, instances bruitées (souffle, tapping sur les clés) et trames statiques où fusionnent les lignes instrumentales. Une acoustique plus généreuse aurait sans doute conféré un supplément de sensualité aux recherches de timbre très fines menées par la compositrice. Le jeu des registres, les nuances colorées (bisbigliando des vents) autant que les silences éloquents qui fragmentent l’écriture modèlent cette « cavatine » à fleur de sensibilité qui visite les tréfonds de la pensée poétique.
Si la première phase de cette « odyssée sonore » avec l’Ensemble Des Équilibres est pratiquement accomplie, un second voyage s’organise dès à présent, toujours plus riche et plus aventureux, pour susciter les échanges, le partage et la diffusion de la création d’aujourd’hui.
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